A propos du progrès

 

 

 

Il parait que tous les gens sont à la recherche du bonheur. Les hommes politiques sont, eux, plutôt en quête de progrès. Se dire progressiste est d'ailleurs une marque de bien-pensance. L'augmentation de la durée de vie est un progrès que personne ne conteste. Il est ainsi des domaines où la marque de progrès est évidente : les moteurs électriques ont radicalement changé la vie domestique en limitant les tâches répétitives et fatigantes. L'électricité, et les sciences en général, sont souvent à l'origine de ces progrès, qui ne font pas toujours le bonheur, mais qui y contribuent largement.

 

Comme l'Histoire s'accélère, le progrès devrait donc avancer à grand pas. Ce devrait donc être l'euphorie. Et pourtant ce n'est pas le cas. Alors pourquoi ?

 

Première réponse: on constate que les hommes ont du mal à changer de rythme aussi vite que se produisent les évolutions techniques. Ils voudraient donc prendre le temps de digérer le progrès, avoir le temps de l'apprécier, ne pas se faire bousculer, marquer une pause peut-être.Le progrès débouche sur la qualité de la vie certes. Mais comment arrêter la machine emballée ? Sans qu 'elle ne s'enraye !

 

Deuxième réponse, plus métaphysique : le progrès oui, mais pour aller où ? Le champ des possibles s'ouvre alors à tous les choix de vie, toutes les philosophies, toutes les religions. A chacun sa route. Le progrès débouche sur la liberté.

 

Troisième réponse , moins optimiste : de la philosophie basique à l'idéologie il n'y a qu'un pas. Et de l'idéologie à la dictature et ses dérives (sanglantes ou non) un autre pas à franchir. C'est ainsi qu'on commence ici ou là à renier le progrès : on papillonne à l'école au lieu d'apprendre, on ne distingue plus idée fausse et raisonnement étayé, on noie l'essentiel dans un flot d'informations inutiles. Il ne reste plus qu'à faire disparaître le savoir et la réflexion. Bref on enclenche la marche arrière du progrès. Et on débouche sur la médiocrité et la sauvagerie si facilement égalitaires ( tous égaux, plus aucune tête ne dépasse).

 

Un homme averti en valant deux, agissons tous pour écarter cette troisième réponse.

 

 

Juvinius